Poèmes 1S1

À Clymène

Mystiques barcarolles,
Romances sans paroles,
Chère, puisque tes yeux,
Couleur des cieux,

Puisque ta voix, étrange
Vision qui dérange
Et trouble l'horizon
De ma raison,

Puisque l'arôme insigne
De ta pâleur de cygne,
Et puisque la candeur
De ton odeur,

Ah! puisque tout ton être,
Musique qui pénètre,
Nimbes d'anges défunts,
Tons et parfums,

A, sur d'almes cadences,
En ses correspondances
Induit mon coeur subtil,
Ainsi soit-il!

Verlaine, Fêtes Galantes

Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semsé d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands front studieux ;

O, suprême Clairon des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux!

Rimbaud, Poésies

extrait de Lucien Leuwen

Ces messieurs firent un détour de six lieus pour aller voir les ruines de la célèbre abbaye de N***. Ils les trouvèrent admirables et ne purent, en véritables élèves de l'École polytechnique, résister à l'envie d'en mesurer quelques parties.

Stendhal, Lucien Leuwen


bertrand@singly.org

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Dernière mise à jour le 7 avril 2000.